Dimanche 17 mai 2009 7 17 /05 /Mai /2009 08:44

Etrangeté de l’homme que cette manie de ne pas savoir ce qu’il veut… Les derniers jours de mon année à Holy Cross arrivent enfin, et me voilà toute chose, toute nostalgique, toute émue… Je n’avais pas réalisé à quel point tout serait « fini » à mon retour de Miami : par un quelconque hasard j’ai mes exams les 2 derniers jours de la période d’exam, et la plupart des étudiants sont donc déjà partis… Au début, le campus semble encore vivant avec le va et vient des voitures chargées, des parents, des petits frères et sœurs… car c’est une tradition ici j’ai l’impression : que vous ayez 18 ou 23 ans, papa maman viennent vous chercher dès la fin de votre dernière épreuve… Du coup, les cafétérias ferment, les « cafés »… La gym a fermé avant que j’aie pu récupérer mes affaires, et c’est toute une histoire pour la faire rouvrir ! Comme je suis dans la « staffroom » (salle pour les profs), on ne me fait pas trop d’histoire… Je ne retournerai pas à la piscine une dernière fois… L

 Et puis, c’est le grand rush : nos « dinning dollars vont disparaître !!! » Vite, tout le monde se précipite au « lobby », petit magasin du campus qui ferme lui aussi… Le jeu consiste à prendre tout ce qui reste sur les étagères déjà bien dégarnies…  « we basically cleaned the all thing » sort une espagnole…lol C’est pas faux ! Du coup, les 2 jours qui suivent sont une véritable gabegie: il s’agit de finir les placards!! Je n’arrive pas à croire qu’il me reste tout ça… Tout le monde cuisine, et nous voilà à chaque repas tous ensemble dans mon salon à partager nos derniers moments, entre rire et larmes…

C’est que je réalise qu’ils vont me manquer ces ptits FLAs ! Avec toutes nos différences et tous nos défauts, on s’est quand même bien amusés ensemble et on a vraiment passé des bons moments… Je me rends compte que j’ai passé mon année à bosser et que je n’ai pas profité des gens autour de moi… Bien sûr on se promet de se revoir… Je sais que ça se fera pour certains, pas pour d’autres…

C’est quand même bizarre ce serrement au cœur… Je ne me lasse pas de parcourir le campus, désert …Monter, redescendre la colline… Tant de souvenirs… Sortez les violons et les mouchoirs, le moindre détail me rappelle quelque chose, quelqu’un… Incroyable tout ce que j’ai pu vivre en quelques mois ici! Ça n’a pas été forcément « merveilleux », et loin d’être facile, mais ça été dense, ça c’est sûre. Intense.  

Le printemps est enfin bel et bien là, les jardiniers s’activent et la nature a repris le dessus. Le campus s’éveille, superbe … Mais pour qui, pour quoi ? Je ne comprends toujours pas pourquoi on nous a demandé de rester jusqu’au 10 (sachant qu’on est pas payé en Mai !) alors que tout le monde est parti et qu’il n’y a plus rien ni personne. Si, il y a des fleurs… Qui eu cru que tant de lilas se cachaient parmi les buissons ? Et que les arbres morts aux branches cassées par la glace se couvriraient de fleurs colorées ? Et ces fichus fleurs qui tombent nonchalamment au gré du vent rendent le tout insupportablement propre aux larmes, aux regrets et aux souvenirs. Je déteste ça. Pouah.

Mais j’ai cette mauvaise habitude de m’attacher aux endroits, aux petites choses, à ces habitudes dont on ne prend conscience que lorsqu’elles cessent. Il y a quelques semaines seulement j’aurai donné cher pour avancer le temps et partir d’ici. Aujourd’hui que j’en ai fini avec le boulot et tout ce qui s’en suit, je ne me souviens que du meilleur, et je n’arrive pas à croire que tout ça soit fini.

Le premier à partir, c’est Ted. Ted, un étudiant, copain de la mexicain et certainement mon meilleur ami ici depuis quelques semaines. Flegme britannique et accent américain avec un humour « pince sans rire », j’ai mis des mois à le comprendre. Depuis que j’y suis parvenue, on a passé pas mal de temps ensemble et il me fait bien rire… Sacré Ted. Il s’est mis en tête de faire des crêpes à chaque fin de « party », c'est-à-dire souvent assez tard… Quand les gens commencent à aller se coucher, un seul cri de guerre : « let’s make crepes ! » lol Il est tellement enthousiaste, comment résister. Alors on fait des crêpes, à toutes heures du jour et de la nuit… Il est étrangement doué, pour un américain ! Il faut dire que je ne lui ai pas trop posé la question : lui qui n’avait jamais cuisiné, je lui ai mis la spatule dans une main et la poêle dans l’autre… MDR le pauvre avait l’air désespéré (« all right… »), mais s’en est très bien sorti ! Depuis bien sûr il est très fier de son savoir faire et en fait partager tout le monde. Pour la peine, je lui ai légué ma crêpière achetée en France à Noël et que je n’avais pas l’intention de remmener de toute façon. Il en avait les larmes aux yeux, que je lui laisse ma poêle en lui disant au revoir… Bref, Ted, un bon gars.

Et ça n’a pas été facile de lui dire au revoir, « adieu » plutôt, car je sais bien que je ne le reverrai pas… La mexicaine non plus… Ils ne sont ensembles que depuis quelques mois, et savaient pertinemment qu’ils n’avaient pas d’avenir, mais se sont inévitablement beaucoup attachés… Bouh, c’est la première fois que je vis quelque chose d’aussi triste. Pour couronner le tout le voilà qui hug tout le monde et moi en dernier, avant de partir vers le campus pour la dernière fois… Argh…

La deuxième à partir, c’est Joanna. Elle rentre tout juste de San Francisco avec son copain (que tout le monde a adopté, surnommé « patatou ») et s’en va dés Samedi. Brrr… Mine de rien, sans elle, je ne sais pas comment j’aurais fait. Rien que de repenser à tout ce qu’on a partagé j’ai le cœur qui se serre encore et encore… Rien ne vaut l’adversité pour souder une amitié, et de l’adversité, on en a eu. Alors cette petite bourguignonne plus vraie que nature, je ne suis pas prête de l’oublier ! D’ailleurs, je descends à Dijon très bientôt, pas moyen autrement…

Une fois que ces deux là sont partis, ma foi, les heures semblent s’étirer sans fin… Je « pack », encore et encore, jette, trie… Que de choses amassées ! Que de paperasse ! Je remplis poubelles et valises, inlassablement. Chaque objet a sa petite histoire, mais je n’ai pas droit à la sentimentalité : je n’ai pas le sac de Marry Poppins, moi. Allez hop, on balance. Finalement, il semble que tout tiendra. Enfin j’espère… Dans le même temps je prépare ma 3eme valise, la petite, celle qui m’accompagne dans mes excursions de par le vaste monde… Car je suis sur le départ pour mon fameux « voyage de fin d’année », prévu depuis le départ… Denver, Yellowstone, Portland, Seatlle, Vancouver. Seulement voilà, ce voyage, je ne le sens pas du tout… Est-ce ce de la peur ou de la raisonnabilité ? Je n’arrive pas à me réjouir de partir, j’angoisse pour Yellowstone. J’ai beau chercher et chercher encore, je ne vois pas comment faire sans voiture dans ce pays d’égoïstes… Pas de transports en commun bien sûr, et les « tours » offerts sont non seulement hors de prix mais inaccessibles géographiquement car je n’ai aucun moyen d’accéder aux points de départ. Et puis, pour en repartir, il faut prendre un bus de 19h… Oui je sais j’aurai pu y penser avant, mais avant ça me paressait une bonne idée, un bon moyen de voir du pays et de voyager pas trop cher… Après tout, on fait ça à 20 ans ou jamais ! Oui, il faut être un peu fou, mais entre la folie et la bêtise la frontière est parfois mince. Il faut aussi que les leçons portent : combien de fois ai-je regretté de m’être dit « je trouverai bien un moyen sur place » ? Car l’Amérique a ça de détestable que NAN, quand on dit qu’il n’y a aucun moyen, c’est aucun, nada, rien. Pour achever le tout, l’aéroport où j’atterris est à 152kilomètres du parc : seul moyen pour s’y rendre, un shuttle à 340$ l’aller-retour. C’en est trop. Je suis au bord de la crise de nerfs, je hais ce pays, et j’ai peur de « gâcher » mon Yellowstone : se retrouver dans le plus beau parc national du monde et rester coincée toute seule une semaine  à l’hôtel n’est pas tout à fait une perspective réjouissante. J’ai besoin d’un plan B. Les espagnoles m’invitent, une fois de plus, à venir avec eux dans leur traversée de l’Ouest… Sauf que pour une fois, je ne dis pas non. Et je dis même oui. Un peu sur un coup de tête (ou une intuition ? ), j’appelle mon hôtel à Yellowstone et l’annule. 4h plus tard ça n’aurait plus été possible…^^ Du coup me voilà à la rue : qu’à cela ne tienne, les FLAs sont vraiment des perles, et quand il y en a pour 6 il y en a pour 7… Ils changent leur réservation d’hôtel et de voiture pour me faire une petite place :  on ne sera qu’un peu plus serrés à 6 dans une tente de 4 et à 5 dans une chambre de 2… lol Extra. C’est de la folie, certes, mais enfin de la folie plus sympa que celle qui était prévue. D’un coup, je retrouve ce frisson que me donnent toujours les préparatifs d’un voyage : Las Vegas, Los Angeles, San Francisco, Yosemite national park… Le tout avec une bande de jeune : que demander de plus ? Je n’ai fait que passer à Vegas, que je n’ai pas vu de nuit… Et je n’ai pas visité LA. Quant à San Francisco, j’ai laissé là bas deux grandes frustrations : faire le tour de Angel Island en vélo (petit paradis terrestre difficilement accessible) et Muir Wood, foret que tant d’amoureux de la nature m’ont chaudement recommandée et que je n’avais pas réussi à voir (pas de voiture…grr… voir article sur San Francisco…). Et Yosemite !! Il parait que c’est extraordinaire. Je vais y camper !! Je n’ai pas de sac de couchage, pas de rien du tout pour camper, mais qu’à cela ne tienne. « we’ll figure out », qu’ils me disent... Eux sont contents que je vienne, sincèrement. Ils ne s’en font pas pour le reste ; on se tassera. Parfois je déteste leur nonchalance et leur indécision, mais ils ont pour eux d’être incroyablement souples, relax, « easy-going »… Je ne sais pas ce que ça va donner, mais je suis incroyablement soulagée de savoir que je vais passer les 12 prochains jours entourée d’amis au lieu de me galérer en solitaire… C’est suffisamment dur de partir, je ne me sens pas prête à passer 3 semaines toute seule. D’ailleurs j’aurai quand même ma partie « loup solitaire » ensuite, du 24 au 4 juin : direction le Nord-Ouest pour le triptyque Portland-Seattle-Vancouver. De 4jours, Portland est passé à 1nuit et ½ journée pour cause de Yosemite, mais je gagne au change.

L’avantage de ce « coup de stress » à la veille du départ, c’est que ça m’occupe l’esprit. Il faut quand même s’organiser, où, quand, comment… Je vais pouvoir me reposer sur eux et me poser comme un sac à linge sale à l’arrière de la voiture ( J), car bizarrement c’est exactement ce dont j’ai besoin à ce moment précis, mais il faut quand même changer mes billets, etc… Rien ne vaut un coup de panique pour oublier qu’on est triste. Et du coup les adieux ne seront pas si durs : je les retrouve très vite en Californie !!

Il faut finir de packeter, et je n’en vois pas le bout… Je trie le matériel utilisé pour les practicums, et me voilà toute chose… Je ne peux pas me résoudre à jeter certains écrits de mes élèves, c’est trop beaux… j’en ramène quelque un, triés sur le volet promis… J’essaie d’organiser mon travail de cette année pour que les prochains FLAS puissent l’utiliser, ce n’est pas facile ! Tout ça est très fouillis, que garder, comment leur expliquer ? Je leur ai écrit un « guide de survie à Holy Cross » et « les 10 commandements du parfait petit french FLA » et ne me lasse pas de leur donner des conseils… Tout ça fini finalement par rentrer  tant bien que mal dans un carton : un tour de scotch, « french FLA », et je confie ça à la russe. Elle reste l’année prochaine, et je ne veux pas que ce que je lègue à mes successeurs passe par les mains sales de Laurence, qui serait capable de ne pas leur transmettre.

Voilà, toute une année de travail acharné dans une boite. Parler des practicums me fiche le cafard… Je me suis vraiment bien amusée, quand même… :p C’était dur, vraiment, surtout au début, et je ne veux pas oublier que j’en ai bavé. Mais je me suis aussi bien amusée…^^ En fait, il faudrait reprendre depuis le début, maintenant que je sais comment faire, que je les connais… J’ai été une bonne prof, au final. Quoi qu’en dise l’autre saleté, qui ne va pas me manquer, elle.

Retour au 12 Caro, panique à bord, il faut fermer les valises… Il reste un truc ici, une bredouille là… Argh !!! Le Van vient me chercher à 12h30. Je fini de tout fermer à… 12h28. Un hug à tout le monde, et en voiture… Dernier regard sur ce qui a été mon « chez moi » pendant ces mois qui me paraissent une vie… Je pars avec Eva ma roommate, l’allemand et l’italien. Sur le pas de la porte, ça pleure. Heureusement que je peux dire à bientôt à certains, ça aide… C’est dur quand même.

Je suis aussi bien contente de faire le trajet avec des gens : ça aurait été affreux toute seule… Daniele me fait encore rire, celui là est un 500% italien... On se remémore nos meilleurs souvenirs, nos rencontres, nos premières impressions… Une vraie thérapie de groupe. Je suis la 1er à décoller… Hugs, encore et encore. On se souhaite tout le bonheur du monde… Je ne les reverrai pas... L

 

Décollage. Ouf… Il faut partir d’ici, maintenant que c’est fini, me tourner vers ce qui m’attend ! Et ce n’est pas rien… Cap sur Denver, tout d’abord. Pourquoi Denver ? Deux raisons. La 1er : « Denver, le dernier diiiinosauuuuure… »lol Vous vous souvenez du dessin animé ? J’avais découvert toute petite que Denver était une ville aux Etats-Unis et me suis promis dans ma petite tête d’enfant que j’irai, « un jour »… 2eme : j’ai dessiné un nombre incroyable de carte des Etats-Unis pour le bac, et vous avez forcément remarqué vous aussi cette étrangeté : le centre du pays est vide, absolument vide. Il n’y a que… Denver. Au milieu de nulle part, comme ça, un petit point au centre du 1er pays du monde… Vas savoir pour quoi cette ville m’a toujours intrigué. Seulement, on ne fait pas « Paris-Denver », et on ne fait pas un si grand voyage juste pour réaliser une promesse d’enfant. Par contre, quand on a une correspondance dans la ville de toute façon, pourquoi ne pas en profiter pour s’y arrêter une journée ? J

Je me concentre donc sur ce qui arrive, et qui s’annonce extraordinaire. Pourquoi s’apitoyer sur Worcester ? Au final, tout ça ne me manquera pas. C’est toujours dur de partir. Comme dans les films, où les gars font 20 ans de prison et sont désespérés quand on les relache finalement…lol La comparaison est peut être un peu trop poussée, mais enfin vous m’aurez compris…

Voilà, c’était mon état d’esprit du jour. Un peu de vague à l’âme, un peu de réflexion personnelle, un peu de psychothérapie... Et plein d’ondes positives pour les semaines à venir !!^^

 

J’allais presque oublier THE point positif de mon départ d’ici… VOUS !!! Partir veut dire aussi rentrer !! Retour au bercail !! J Ce n’est plus qu’une question de semaines/jours…

 

See you very soon !


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