Comme je n’ai jamais le temps en rentrant de mes excursions au pays du hamburger en folie, l’idée m’est venue que peut être je
pourrais vous raconter mes aventures au fur et à mesure… méthode qui présente l’avantage de ne rien oublier puisque c’est tout frais, ainsi que de partager tout ça avec vous quasi en direct, ce
qui me permet de ne pas exploser (hapiness is only real where shared m’a rappellé quelqu’un récement à bon escient…). Alors voici le premier volet de mes aventures au far
Ouest… J
Caro Street, 5h du mat. L’aventure commence. Juste le temps de bondir du lit (pour ceux qui
ont du mal à se lever le matin, essayez « oh purée je vais au Grand Canyon !!! » je vous promets c’est un vrai coup de fouet…), de
jeter mon pyjama dans mon sac et un dernier œil sur ma petite chambre bien rangée (toujours, avant de partir…). Elle parait encore plus triste et je ne suis que plus contente de la quitter. Un
pancake pour la route… Et oui, je m’américanise, à défaut de pain correct j’ai du muter pour m’adapter à mon nouvel environnement !
C’est parti pour Boston, Logan Airport. Là, il se passe quelque chose de magique : sac sur le dos, valise à la main, je
cherche mon vol sur les tableaux d’affichage… Et réalise que je m’enregistre machinalement, comme on fait le plein d’essence… Dire qu’à 20 ans j’ai déjà pris l’avion… Combien de fois ? Bon
sang, j’essaie de compter et je m’y perdq… Si quelqu’un de mon âge me disait ça je le frapperais, en me disant qu’il y en a qui ont de la chance… J Et cette question que vous pose toujours le personnel des
aéroports « where are you going ? » me donne des ailes… Where ? Well, could be everywhere… Tant de
potentialité… Aujourd’hui pour moi ce sera « Los Angeles ». La classe. Derrière moi se sera San Diego, Santa Barbara, Phoenix… Pas mal non plus.^^
Bref vous l’aurez compris je suis happy, dans mon élément, et plus que jamais consciente de ma chance insolente. Life is
beautiful !!
10,5$ pour un café et une coupe de fruit me ramènent à peine sur Terre. Et oui, welcome in America. Mais American Airline ne nourrit pas ses
passagers et j’ai quand même plus de 7h de vol, puis 2h pour la correspondance et encore 2h jusqu’à Flagstaff… J’en ai entendu des belles sur la nourriture de cow-boys, autant assurer ses
arrières. ^^
Les heures d’avion sont les bienvenues, je récupère de ma courte nuit…
J'aurais voulu vous épargner les sempiternelles photos d'avion, mais celle-ci est particulière: on voit la limite de là où la neige a commencé à tomber... C'est marrant, enfin je n'avais jamais
vu ça, alors...^^
Et puis là ce sont des champs américains, tellement plus grands et plus organisés que le petit patchwork de nos champs marnais... On voit bien aussi les crevasses de la Terre, imprssionantes vues
d'en haut... C'est vraiment beau, le monde. J
Atterrissage. Quelques heures dans l’aéroport de Los Angeles : voici à peu prés tout ce que j’aurais vu de la ville, mais tant pis…
Car la vue d’avion m’a confirmé ce qu’on m’en avait dit : LA est une immense étendue de bâtiments sans charme, centaines de milliers de pavillons (connaissent pas les immeubles ici) en rangs
d’oignons… Vu du ciel, c’en est incroyable, mais vu d’en bas, ça doit être passablement lassant.
Un petit buibui m’emmène à Flagstaff : 60personnes à tout casser et des amortisseurs à revoir : ça secoue là-dedans
comme dans un panier à salade… Peu m’importe, rien ne pourra m’empêcher de ronfler. :p Atterrissage disons chaotique, mdr j’ai rarement vu ça ! Pour un peu ça me rappellerait la
Grèce.. ;^^ La température est annoncée en degrés Farenheit, mais peut m’importe car le hublot est formel : le soleil brille sur ces terres bénies… J
J’Y SUIS !!! YES !! YES !!! :-D
Le petit aéroport de Flagstaff bat tous les records : ici non seulement il n’y a aucun transport public relié à la ville, mais il n’y a
même pas de taxis !! C’est location de voiture ou….location de voiture. Impossible pour un « under 25 », bien sûr. Sympa. J’essaie d’approcher quelques gentils touristes, mais soit
ils ne vont pas à Flagstaff soit ils ne veulent pas de moi. Re sympa. J’explique ma situation à une gentille dame du personnel qui hallucine… Est-ce que c’est si étrange de voyager seul à 20
ans ? Jveux dire, c’est ptet pas commun, m’enfin je suis pas E.T. quand même… Bref, elle m’appelle un Taxi et tout s’arrange. Petite chambre d’hôtel très simple mais nickel, j’ai bien fait
de prendre ça. En plus je capte le réseau d’un voisin, que demande le peuple ?
Rapide installation et c’est parti pour une première exploration des lieux ! Il n’y a pas grand-chose à voir à Flagstaff, pas de centre,
comme dans la plupart des villes ici… M’enfin le décor est assez irréel, fait de sable d’herbe sèche et de rocher… Il n’y a pas grand monde non plus mais les rares autochtones sont super sympas.
Dodo de très bonne heure car je mets le réveil à 5h30 : départ pour Monument Valley le lendemain à 6h15. J’ai confirmé au Tour operateur qui me « pick up » à mon hôtel. Je m’endors
en 10secondes chrono, dans un vrai bon lit, loin de Worcester et tout ce qui trouble mon sommeil là-bas…
Quand je me réveille, j’ouvre à peine les yeux et réalise qu’il fait jour. Une fraction de seconde j’ai le cœur qui s’arrête : avant 5h30 du matin, il ne peut pas faire jour comme ça, même
en Arizona… Coup d’œil au réveil : 6h56. C’est un sentiment qu’on a tous connu un jour ou l’autre mais que je ne souhaite à personne. Je bondis littéralement du lit, attrape la clé de la
chambre et cours, pieds nus en pyjama, jusqu’au téléphone public dans la cour. Pendant les 10 secondes de trajet, je ne pense qu’une chose : « on peut rater un exam, un entretien
d’embauche ou un rendez-vous d’affaire important pour une panne de réveil. Mais pas un voyage à Monument Valley. Ça, c’est pas possible. ».
Au téléphone la gentille demoiselle du Tour operateur en question est désolée pour moi : le chauffeur m’a attendu jusque 6h30 passés, et puis il est parti… L L L ô rage, ô désespoir. C’est trop injuste. Pour la petite histoire la veille j’avais
eu l’intuition qu’un réveil ce n’était pas assez, mais je n’en avais qu’un : pas de portable et l’accueil de l’hôtel était fermé (donc pas de
« wake-phone »). Je me revois vérifier deux fois qu’il était bien mis, et bien à la bonne heure, etc etc… Je pense qu’il a dû sonner, et la
seul explication logique est que j’étais tellement crevée que je ne l’ai pas entendu, même à 1m de moi. Ou bien il n’a pas sonné, et l’explication de cette grève soudaine remonte alors
certainement à une exaction commise dans une autre vie et dont je paie aujourd’hui le prix. Enfin 150$ ça fait chère l’exaction. Ben oui, c’est quand même loin Monument Valley et ce tour c’était
la seule solution pour le voir, ça m’aurait pris toute la journée…
Bon, passé le désespoir, la réaction. Que faire ? La où ils ont été professionnels c’est qu’ils m’ont tout de suite mis sur
un autre Tour, et un qui n’était pas encore parti de préférence, c'est-à-dire Sedona, 7h30. N’ayant pas d’autres choix ma foi c’est ce que j’ai fait. J’étais quand même dégoutée… Et puis par
hasard se connecte à ce moment précis sur MSN quelqu’un qui compatis à ma douleur et me dit « dis toi que je voudrais bien y aller, moi, à Sedona…»… En même temps résonne dans ma tête une
autre voie qui me dit que « tu sais pas encore pourquoi, mais c’est sûrement mieux comme ça… » lol que deviendrais-je sans mes sœurs… J
Me voilà donc ragaillardie, prête à tirer un maximum de cette journée certes imprévue mais prometteuse. D’abord, direction
Sedona avec un driver super sympa venu exprès pour moi, qui me fait le commentaire audio de toute la traversée… J’ai droit à toute l’histoire de la région, la faune et la flore, le climat… Un
petit vieux hors du commun qui occupe sa retraite. Ça s’annonce bien.J
L’arrivée à Sedona me confirme que ma journée ne sera pas perdue… Les roches rouges se suivent sans se ressembler, grandioses… Etranges pays où on voit des visages ou des formes dans les rochers
comme dans des nuages, et où les trottoirs sont bordés de cactus en fleurs… Toutes les formations rocheuses ont un nom, et je ne les retiens pas tous…
The Snoopy rock est le plus connu : on dirait vraiment Snoopy, allongé sur le toit de sa niche… Excellent !! J
Pour ceux qui sont pas experts en Snoopy... C'est frappant quand même, nan? ^^
Les autres sont moins rigolos mais plus impressionnants… Les couleurs sont sidérantes et tranchent les unes sur les autres tout en s’accordant… Le bleu d’un ciel magnifique (rââ, du
soleil !!) sur lequel se détache le rouge des rochers parsemés de touffes vertes éparses… Woua !
Avec la différence du prix des deux tours, je me paie une excursion en Jeep dans les « red rocks », rien que ça !! Extraordinaire… ça secoue c’est sûr, même une Jeep a du mal à
faire sa route dans ces sentiers rocailleux, mais la vue est presque aussi incroyable que le guide. Plus de 2 mètres de haut, au moins 150 kilos, cheveux et accoutrement de cow boy, peau de
serpent sur son chapeau... Ça valait bien une photo.
Il fait super beau mais avec le vent dans la Jeep le pull se supporte sans problème… J’ai l’air bronzée sur cette photo mais détrompez-vous, c’est du « dust », de la poussière du
chemin.. Et oui, c’est sec l’Arizona, et je sors des 2h d’excursion crevée, moulue, crasseuse, transpirante, et HEUREUSE !! Alala que la vie est belle. Mes yeux ne se remettront pas de si
tôt de ce qu’ils ont vu. J
La petite ville de Sedona consiste en fait pour ainsi dire exclusivement en une longue rue touristique. J’ai beau marcher, les « souvenirs shops », « excursions tours » et
autres « snacks » se succèdent inlassablement, encore et encore… Il y a bien sûr les « indian craft », avec tous ces trucs supposés venir des « natives americains »,
pseudo art indien « made in Mexico »... Ça me rappel Lucky Lucke et les milliers d’exemplaire du « véritable tapis de selle » de je ne sais plus quel célèbre général… Bref,
rien qui vaille la peine. Je m’adresse donc au premier passant pour savoir si il y a des petits sentiers de randonnée dans les environs. « Basically everywhere, just walk to the rocks » qu’il me répond avec un grand sourire… ^^ ça marche pour moi! Je sors donc de la ville, direction n’importe où, cap
sur les rochers. Et en 10 minutes me voilà seule au milieu de nulle part, entourée de cactus et de rochers… Je n’entends bientôt plus rien que le
vent dans les pins et les oiseaux.
Là, sac sur le dos et lunettes sur le nez, je me sens revivre. C’est sûr, je suis bien mieux seule ici libre d’explorer cet univers ahurissant
que dans un bus à touriste, réduite à des arrêts photos et des pauses malbouffe.
Pour un peu je ferais une crampe du doigt : je n’ai jamais pris autant de photos en si peu de temps de toute ma vie. Tout ici appelle l’objectif : le ciel, la roche (non pas brune ou
rouille mais simplement ROUGE pure par endroit), la végétation, les animaux étranges, les cactus, les cailloux… Je m’émerveille de tout, bon sang qu’est-ce que c’est chouette !
La nature est têtue! C'est toujours impressionant de voir des joile fleurs sortir de la roche dure et sèche. Un vraie modèle de pugnacité. :p
Bon, de toute évidence je n'ai pas ton talent Anne, mais je me lance quand même dans la photo d'art...lol
Je m’en veux de n’avoir qu’un pauvre appareil incapable de saisir la beauté de la chose et qui me fadasse les couleurs… tant pis, mes yeux y voient bien, eux, et vous, et bien pour avoir une
pleine vision de la beauté de la chose, allez-y un jour !! ça vaut vraiment le détour. Evidement, en route je rencontre des londoniens, un couple d’Allemand, occasionnellement des
américains… Mais j’apprécie d’être toute seule 99% du temps : liberté liberté quand tu nous tiens !
J'aime bien celle la... Représentative de mon aprés -midi...^^
Je vais où bon me semble, et tout me semble bon...:-D
Je fais un peu la tête sur celle-ci jsais pas pourquoi, j'étais en haut d'un petite colline apparement privée (mais qu'à celà ne tienne...) avecbarbecue, table de picnic et balancelle... y'en a qui
s'en font pas!!
J'ai intitulé cette vidéo "je fais ma Claire"...lol Je la publie en premier (d'autre à venir) parce qu'il n'y a rien de plus drôle que de se moquer de soi même et celle là est particulièrement
belle...hihi Je me suis prise au retardateur, sauf que bien sûr j'étais sur vidéo. J'ai coupé juste au moment où je m'en rends compte et je me marre de ma bétise, au milieu du paysage...:p
Mon jean et mes bottes, largement nécessaires ce matin, me font suer sang et eaux… Mais qu’il est bon d’avoir chaud !!! Sensation qui, sans exagérer, m’était étrangère depuis des mois… Quel
bonheur que de sentir le soleil sur sa peau… D’ailleurs malgré la crème solaire (je te promets maman j’en ai mis des le matin et ensuite régulièrement), j’étais tellement blanche que j’ai mal
supporté cette brutale exposition : quasi sunburned le premier jour, ça c’est la grande classe. Je n’ai jamais été aussi contente d’avoir un coup de soleil…
J
Mais ce cher soleil se couche tôt justement sur ces terres arides, et je rentre tranquillement vers la ville… Retour à Flagstaff, épuisée.
Opération photos : tri, recadrage, sélection… ^^ Et puis blog, comme vous le voyez !!lol
Ceux à qui s’adressent mes articles en priorité me disent souvent que non, ce n’est jamais trop long… Alors, ma foi disons que je me fais
plaisir. :p Quelque chose me dit qu’avec cette méthode je vais battre tout les records de longueur…hihi Je n’en suis qu’à mon deuxième jour et je n’ai même pas encore vu Grand Canyon !!
Je n’arrive pas à croire que j’étais à Holy Cross hier matin. C’est fou…
Départ demain aux aurores, cette fois l’hôtel me réveille aussi, juste au cas où… cap sur un
rêve !! J Je pense fort à vous…
Comme toujours, l’homme oscille entre les extrêmes et je ne suis pas en reste : stressée par la peur de rater mon départ à
Grand Canyon, je prends toutes mes précautions. Pour prévenir toute défaillance du réveil ou du wake call de l’hôtel, je laisse les rideaux ouverts (le soleil se lève à 5h) et je m’enfile 1,5
litre d’eau. Une vessie au bord de l’explosion vous réveille à coup sûr. J
En fait je n’ai quasiment pas dormi, et réveillée à 6h je décide d’attaquer ma journée. Packetage rapide et direction la gare. Tentative de
breakfeast en chemin mais j’ai vraiment du mal avec leurs muffins gras et leur bacon qui vous soulève le cœur rien qu’a l’odeur…
A la gare je rencontre une gentille institutrice de l’Illinois avec qui je discute tout le trajet : ses enfants bien sûr, et puis les
voyages… Arrivée au Parc, je laisse ma valise au 1er hôtel venu (ils sont sympas là-dessus) et saute dans le shuttle. Etrange impression de voir des panneaux d’indication qui n’indique
pas « Sony-en-l’angle », mais « South Rime of the Grand Canyon »…lol
Et puis, on ne voit rien d’extraordinaire… Où est-il ce fameux Canyon ? Et là, comme ça, au détour d’un parking : PAF !! Une
des plus célèbres merveilles naturelles du monde apparaît, d’un coup d’un seul, immense et imposant.
Il fait gris et couvert mais qu’importe, la vue est quand même saisissante… J’entame « rim trail », c'est-à-dire le petit chemin qui longe le Canyon dans la partie dite « le
village ». J’y passe tout l’après-midi, longeant le bord de la falaise… Mais là il y a quand même quelque chose que je ne comprends pas. Imaginez : vous venez de très loin pour admirer
un paysage à couper le souffle, forgé par des milliers d’années. Vous sortez des sentiers battus et vous approchez jusqu’au bord même du précipice, là où vos yeux se perdent dans l’immensité… Et
que faites-vous ? Si vous me ressemblez, vous vous asseyez en silence et contemplez votre petitesse en vous disant que quand même, ça en jette… Si vous êtes un touriste de base vous vous
prenez bruyamment en photo ou en vidéo sans même prêter attention au « background » à grand renfort de gloussements historiques. Si vous êtes américains vous vous enfilez grossièrement
des chips malodorantes, des hot-dogs dégoulinants ou des « meat stick », chose la moins ragoûtante qu’on puisse imaginer, le tout accompagné de remarques du genre « that sucks, it
doesn’t echo.. ; » ou « let’s go to the shop ». Comment disait-il déjà ? Ah oui : « JE HAIS TOUS LES HOMMES,… »…
Bref, en pleine crise de misanthropie aggravée, je fuis cette zone hyper touristique où le fond sonore et odorant me gâche le plaisir.
Direction Hermit Refuge, l’extrémité ouest du parc. Là, plus de bruit, plus personne, me voilà hors du temps, seule avec le Canyon. Je voudrais prendre des photos tous les 100 mètres, mais
j’essaie surtout d’ouvrir grand les yeux… Loin des magasins de souvenirs je ne rencontre plus que des gens sympa : un couple de retraités russe, une jeune allemande avec ses deux enfants,
des hollandais en vacances… On s’échange toujours quelques mots et quelques photos, étrange comme on se sent sur la même longueur d’onde avec des gens comme ça…
Le soleil décide enfin de se lever, à peine 1h avant de se coucher. Mieux vaut tard que jamais ! Ses rayons frappent la roche de côté, et
c’est comme ci quelqu’un avait allumé la lumière : le Canyon se réveille et se révèle… En fait il n’y a rien à faire au Grand Canyon que de marcher et regarder.
Je descends une petite portion du « Trail » que j’envisage de faire demain. Je voudrais descendre jusqu’au Colorado et remonter, mais il parait que ce n’est pas faisable en une seule
journée… Marcher ne me fait pas peur, mais ils annoncent de la neige et du vent pour toute la journée… Pour l’instant le ciel est clément.
« Condor !!! » Un seul cri et tout le monde se retourne : un des rarissimes Condors du parc vient de se
poser tranquillement sur un rocher en face de moi… Vous me direz, ce n’est qu’un gros oiseau noir avec la tête ridiculement rose comme une poule plumée. Oui, mais c’est un
Condor… J Evidement il reste à distance, mais quelque part la vue du parc prend une autre
dimension avec ce gardien en premier plan. Il nous tourne ostensiblement le dos : peu lui importe l’enthousiasme qu’il génère, seul compte le vide auquel il fait face…
Le « sun set » est particulièrement réputé depuis Hobi Point, que je n’ai pas encore vu. Je prends donc la navette pour m’y rendre, mais voilà qu’au deuxième arrêt un grand père black s’effondre entre les sièges, juste à côté de moi, d’une attaque cardiaque ou je ne sais quoi. « Call 911 !! Call 911 !!»
Un gars se précipite en disant qu’il est médecin, la famille appel à l’aide, tout le monde se bouscule,… Je vous avoue que c’est impressionnant un gars qui tombe comme ça juste à côté de vous,
j’ai bien cru qu’il était mort… Et puis non, ils lui ont levé les jambes, appuyé jsais pas où, enfin fait le nécessaire, et le voilà qui ouvre un œil, qui murmure qu’il va bien… Il faudra quand
même presque 20minutes, de l’oxygène et tout le trintrin pour le relever. Ravigoté le voilà qui tape (de la bonne vraie tape hein, j’ai cru qu’il allait lui démonter un bras) sur l’épaule du
médecin que la mère prend dans ses bras… Voilà tout le monde qui pleure, et le petit vieux de voir que moi aussi j’ai les larmes aux yeux (empathie ou retombée du coup de stress ?) et de me
dire « is it me that make you cry miss ? » et toute la famille émue de me voir émue, bref, une vraie scène de série télé américaine.
Entre temps le soleil s’est couché hein, lui se fiche de savoir que le bus était bloqué. Il faudra revenir. Qu’à cela ne tienne
je suis vannée : retour à la case départ. Une fois ma valise en main je réalise que je n’ai quasiment rien mangé de la journée… Et qui vois-je qui fais la queue avec un burrito et un cheese
cake ? Mon institutrice de ce matin. J Du coup bien sûr nous voilà attablées à papoter comme deux vielles amies qui se
retrouvent, mdr…
Cab jusqu’à Tusayan, ville voisine où j’ai mon hôtel. L’eau de la douche est jaune-orange de sable… Dodo, et réveil à 4h30 pour décoller à
5h : il ne faut pas manquer le « sun rise »…
Seulement voilà, à 4h30 du matin il neige et le ciel est blanc opaque : aucun rayon de soleil ne traversera un tel nuage. Retour dans mon
lit, d’ailleurs au prix de la chambre autant en profiter après tout. 7h : il faut quand même bien y aller. Ferais-je ma randonnée sous la neige ?
Petit déjeuner avant toute chose : rentabilité, rentabilité, il s’agit de se remplir l’estomac et le sac avant le départ. Et pourquoi
déjeuner seule quand il y a d’autres gens seuls à une table ? « Hello, can I sit here? » lol Me voilà
sociable. Mon compagnon de table à un tel accent allemand que je ne pense même pas à lui demander d’où il vient. Erreur ! Au nom
de Strasbourg, il ouvre une bouche de 6mètre : « I’m from Strasbourg ! I work there! » Mdr, le monde est SI petit… Nous voilà à parler de la capitale européenne comme deux
vieux amis…^^ Evidement, il va au parc et propose de m’emmener. Cool ! Ça m’évite de payer le taxi et l’entrée (6$ par voiture, pas par
personne, ils sont fous ces américains…). Sur le chemin je ne reconnais rien de ce que j’ai vu hier : le paysage de neige et de givre me rappelle le campus pendant ces longs mois d’hiver…
Rien qui évoque le désert des cow boys en tout cas !
étrange vision que celle des cactus sous la neige… Le délire continue jusqu’au Canyon, dont on ne voit rien de plus qu’un grand nuage opaque… Si je n’avais passé qu’une journée au parc et que mon
panorama se limite à 1 mètre au-delà du gouffre, j’en aurais sûrement été malade de frustration. Mais en ayant bien profité la veille et sachant que j’allais certainement recouvrer la vue le soir
même et le lendemain, je profite de ce changement radical de climat qui crée une ambiance quasi magique le long de la falaise… Les visiteurs se font bien plus rares que la veille, ce qui est fort
appréciable ! Et qu’en est-il de mon excursion au fond du Canyon me direz-vous ? Ma foi, je ne veux pas m’engager à l’aveuglette, et toujours avec mon strasbourgeois, je décide de me
rendre à l’avis des connaisseurs : direction les « rangers » au visitor center. Là, on nous explique que le Trail n’est pas fermé, ce qui signifie qu’il n’est pas considéré
dangereux de descendre. Bien sûr, le chemin sera humide, avec de la neige au début puis de la pluie (et oui, plus on descend plus la température monte). Et si j’étais raisonnable, qu’y a-t-il à
faire dans les environs en attendant que la brume se lève( si tant est qu’elle veille bien se lever avant la nuit) ? « oh, you have some exibitions, and the souvenirs shops… ».
N’en dites pas plus : je suis déjà en bas. Hors de question de passer la journée au milieu de touristes désœuvrés agglutinés à l’intérieur et réduits à l’achat compulsif de
« sposes » et « spends ». (Pour les non-initiés : « trucs qui sposent » et « trucs qui spendent », c'est-à-dire objets divers se distinguant par leur
parfaite inutilité et « prend-la-poussière » par excellence. On les repère également à leur prix exorbitants. )
Mais quel intérêt de descendre dans le brouillard si je ne vois vraiment rien du paysage? Je m’enquière de la gravité de la situation: « is it any chances that I can see something down there? » Une gentille rangeuse aux yeux verts me répond en rigolant
“well, if you believe in miracles… ». Le truc à pas dire : bien sûr que je crois aux miracles. Et je compte bien écarter les nuages à grand coup d’ondes
positives. J Va savoir pourquoi ce temps me donne la pêche, et je ne peux pas retenir un sourire
d’une oreille jusqu’à l’autre. Rien ne m’arrêtera, c’est parti pour la rando ! Mon allemand ne s’est pas encore décidé. Il a une réservation à Phantom Ranch au fond du Canyon pour cette nuit
(le veinard a pu réserver suffisamment à l’avance, moi j’ai décidé de ce voyage trop tard et tout était évidement complet…) mais se tâte au vu des intempéries. Moi, il faudra que je remonte avant
la nuit, alors je n’ai pas le temps d’attendre pour voir si le brouillard se lève ou non… Un muffin, une bouteille d’eau et 2 bananes dans mon sac, je prends le chemin de Bright Angel Trail. Le
début du trajet est assez irréel : la neige crée un matelas cotonneux sur lesquels crissent mes bottes UGG qui me gardent les pieds au sec…Je suis entourée du silence le plus total, rompu
seulement par le bruit du vent et de temps en temps des condors, corbeaux et autres. D’abord de paysage, point. Je descends, descends encore… Et puis, tranquillement, mon miracle se réalise… Et
le canyon est là, au milieu de la brume, éclairé des rayons du soleil qui percent en faisceaux au travers les nuages… On dirait des spots géants éclairants une rock star… J
La température monte sensiblement, et la neige devient pluie. Qu’à cela ne tienne, j’avais prévu mon coup : bonnet, gants, écharpe… Je suis parée. Je commence à croiser quelques rares être
humains, quelques uns descendant comme moi la falaise, mais la plupart remontant vers le sommet, partis à l’aube de Phantom Ranch. La plupart a de la boue un peu partout, résultats de
chutes/glissades plus ou moins réussies. J’ai bien fait de mettre mon pantalon vert qui-ne-craint-plus-rien… car je dérape à mon tour et finis à genoux dans l’eau rouge. Allons bon.
C’est drôle comme une complicité se crée avec ces rares randonneurs que le temps n’a pas fait fuir : on se croise, on se sourit, et puis on se comprend. Oui il fait froid, oui on est trempé,
oui on se galère dans la boue… Mais le Canyon est à nous, est on est plus « en face » de la vue comme on le serait d’un poster, mais bien DANS le paysage lui-même, part of it… Bref, que
des tarés fous de nature, forcément sympas. La pluie cesse par intermittence, laissant apercevoir plus ou moins de la vallée avant de reprendre de plus belle. Au loin tout en bas, j’aperçois les
arbres qui signalent « Indian Graden ».
Plus loin encore on voit le sentier qui mène à Plateau Point, mon objectif, connu comme une des meilleures vues du parc et chaudement recommandé par mon ranger. Comme tout ça paraît loin et inaccessible ! Je n’en finis pas de descendre, et regarder en haut me donne le tournis : est-ce qu’il va vraiment falloir
remonter toutes ces marches jusqu’au sommet, tout là-haut là-haut dans les nuages ? Euh… hum. J’ai dit que j’irai, j’irai.
La température monte encore, et la végétation change totalement. Fini les buissons secs, ici les arbustes sont en fleurs et l’eau qui coule le long du chemin crée des cascades rouges qui
glougloutent gentiment pendant les accalmies. Les animaux sont de retour, d’abord les écureuils et mulots tout trempés, puis les cerfs aux environs de Indian Graden… Ici encore le décor change, et
le chemin passe au milieu des cactus et des galets polis sur des petites plages de sables. Le terrain se fait plus plat, je suis en bas de la falaise. Du moins, du premier niveau : Plateau
point surplombe encore la Colorado River de quelques centaines de mètres. Je traverse Indian Graden, véritable petit paradis… Entre les grands arbres coule une petite rivière d’eau claire, les
oiseaux piaillent dans les buissons fleuris. Il fait chaud et humide comme dans une jungle… J’avais froid il y a 1h, et me voilà en nage. On m’avait prévenu de ce phénomène (jusqu’à 20 à 30 degré
d’écart entre le sommet et le fond !!) mais je suis quand même impressionnée. C’est comme passer de pays en pays en quelques dizaines de minutes… Il faut dire aussi que je porte :
- mes bottes fourrées
- un collant chaud
- un bon pantalon
- un T-shirt pur coton
- un sous-pull
- une polaire décathlon
- mon manteau noir
- gants, écharpe, bonnet…^^
Vous l’aurez peut être compris, je suis prête ! mais je n’ai pas d’imperméable et la pluie persistante a fini par traversée mon manteau…
Et puis, un panneau de bois apparaît dans le brouillard. Une petite flèche de bois flanquée de deux cactus qui indique simplement… Plateau Point.
Je regarde autour de moi, et reconnais le cercle de terre sans herbe qu’on voit depuis le haut. Je n’arrive pas à y croire… J’ai l’impression que je fais bien rigoler le Canyon ; et comme
ça, par pitié ou par amusement, il décide de se montrer… Le vent fait disparaître la brume si vite qu’on croirait un effet spécial de film… Et me voilà au cœur du Canyon, avec le sentiment d’en
faire partie intégrante… Derrière, devant, à droite, à gauche, au dessus et en dessous : je ne sais plus où regarder… Bon sang que c’est impressionnant ! Le soleil s’en mêle, et fait briller les rochers en face de moi… Je m’avance encore, prudemment sur la roche trempée et très glissante. Un pas, un autre… Et
puis me saute au visage un ruban vert turquoise étincelant au fond du précipice : Colorado River.
On l’entend très bien gronder, quelques « feets » plus bas… On voit même distinctement les rapides et l’écume blanche qu’il crée, les rochers, les plages de sable rouge par endroit… Le
voilà, ce fameux torrent ! Je n’en reviens pas de ce vert profond, c’est vraiement magnifique… J’essaie de boire tout ça, toute cette magnificence d’un coup… J’essaie aussi de prendre des
photos, même si je sais pertinemment qu’elles seront probablement grises ou floues… Juste pour le symbole : un coup de retardateur, et me voilà souriant béatement à l’extrémité de l’avancée
surplombant le ravin.
Maintenant, il s’agit de remonter. Le Canyon est presque complètement dégagé, cap sur la falaise.
Je réalise qu’en descendant je faisais bien attention à où je posais les pieds, à la fois pour éviter les flaques et pour ne pas glisser. En montant, j’ai plus d’adhérence.
Pourtant, au dessus de moi, la falaise n’en finit pas… Des virages, encore des virages, des marches… Et puis la grêle s’en mêle ,des gros grêlons qui tombent bien serrés et qui vous frittent tout
ce qui a le malheur de dépasser…
Dans le brouillard, une chose étrange apparaît en face de moi : un grand truc noir, qui bouge. Un être humain. Il s’appel Darrigo, il est colombien, il vient de la rivière, et il est au bout
du rouleau. Ses amis sont plus bas, il est parti devant pour chercher la voiture. « We’ll make it », qu’il me dit, autant pour lui que pour moi je pense… Alors dans le blizzard, voilà
qu’on se met à discuter. Et ça réchauffe, de parler, de penser à autre chose qu’à l’eau froide dans ses chaussettes. Et puis le blizzard se lève, il neige, calmement. Le vent est tombé. Il
travaille dans les panneaux solaires, il habite à 5h d’ici. Non, il ne restera pas toute sa vie aux Etats-Unis. Oui, il est déjà allé en France. Non, pas à Strasbourg, mais à Paris… J’essaie de
pratiquer mon espagnole, je ne m’en sors pas trop mal !
Arrivés en haut, nous voilà de retour d’un coup dans le monde réel. Ici, les touristes moyens sont toujours là, cafés fumant à la main, appareil photo prêt à dégainer.
Moi, j’ai eu ma dose : le retour à l’hôtel et une bonne douche chaude s’imposent de toute urgence. Pas de réveil pour demain, tant pis
pour le sunrise. Inutile de dire que je tombe comme une masse. Qu’on est bien dans son lit, au chaud… Ah mes amis, quelle journée !! Quelle journée !!!
Levée avec le soleil, et direction le petit déj où je remplis de nouveau sac et estomac. Sur le parking, les clients de l’hôtel démarrent les uns après les autres dans leurs grosses voitures.
Bien sûr, ils vont tous au parc, je vais bien en trouver un pour m’emmener… Est-ce que j’ai l’air dangereuse, avec mon sac sur le dos et ma valise à la main ? Est-ce que je pue ? Nan
parce qu’en quelques minutes je me prends quand même une série de vents absolument grandioses. Très bien j’ai compris, je me fais appeler un taxi, ça me coutera 10$ et puis c’est marre. Welcome
in America, pays où l’individualisme est élevé au rang de valeur culturelle commune.
Au parc, je décide de fuir la foule revenue avec le beau temps et de faire le « rime trail », sentier qui longe le bord du canyon et
relie des « Points » d’observation, eux même desservis par un shuttle. Comme il y a 20 kms, je décide de commencer au milieu.
Dans la file d’attente du shuttle en question voilà que je reçois une boule de neige dans l’épaule. Plait-il ? Je me retourne sur un
gamin de 12 ans qui s’excuse et m’explique qu’il visait son père. Le père en question s’excuse aussi. C’est un australien d’une trentaine d’année, avec une bonne tête d’Australien. Lol Jveux
dire, détendu comme seuls le sont les australiens… Nous voilà à discuter, de voyages, de cultures… Du coup il me propose de rester avec eux, et ma foi, pourquoi pas.
Il m’explique qu’il essaie de donner à ses enfants le goût du voyage et de la découverte en les emmenant un peu partout, mais que ce n’est pas toujours facile de les intéresser… Je comprends ce
qu’il veut dire lorsque j’entends la gamine (12-14 ans ?) lui dire « dad I’m cold. Take me shoping. » et le gamin
d’enchainer « yeah, I want a hot chocolate. Let’s go.”, le tout sans un regard pour le Canyon. On croit rêver. Pauvre père.
Je lui explique que quand j’étais petite, mon propre père a lui aussi tenté de nous inculquer un minimum de culture, notamment par ce qu’on appelle communément en France, « les châteaux de
la Loire »… Pour achever de le rassurer, je lui parle même d’un certain théâtre, dans une certaine ville d’Orange…lol Ses mioches sont quand même particulièrement exécrables, et il faut très
vite mettre fin à la ballade car la gamine a froid et le gamin est fatigué. Allons bon. Du coup, il va les emmener faire un tour en hélicoptère. Ben c’est bien ça, moi si je m’étais plainte du
vent au bord du Grand Canyon je crois qu’on m’aurait remis à ma place plutôt que payer un truc comme ça, mais bon… Tout est question de point de vue.
Du coup nos chemins se séparent, et je continue seule sur le Trail. Je prends mon temps, cf courbatures de la veille… Le soleil brille, le Canyon change de visage au fur et à mesure que j’avance…
D’abord je vois Plateau Point, qui m’attire l’œil, loin là-bas… Puis c’est le Colorado qui apparaît au fond du gouffre, brillant au soleil. Je discute avec les gens, j’admire… La luminosité
change, c’est déjà l’heure du coucher de soleil qui commence. Etrangement c’est vraiment à cette heure que le Canyon « s’allume » littéralement. Les couleurs s’intensifient et tout
devient rouge orangé… Il faut déjà partir : cap sur Flagstaff again.
Là je m’installe confortablement à la gare routière : j’ai 5h devant moi avant mon bus, temps que je mets à profit pour écrire mes cartes, mon blog, trier mes photos, etc… Et puis me voilà
partie pour Las Vegas. D’abord, j’ai les paysages quasi lunaires de l’Arizona sous les étoiles et une pleine lune superbe. Puis, j’ai droit au lever de soleil avec toutes ses couleurs sur les
roches… J’arrive à las Vegas de jour, ce qui je pense brise largement l’ambiance de la ville : de jour, pas de lumières partout et de clignotants voyants mais seulement de grands panneaux et
des centaines de milliers d’ampoules, grises à la lumière du jour.
N’empêche, je me fait une idée de la ville. Que d’hôtels, de clubs, de casinos ! Un truc de fou. Ma voisine de bus m’explique qu’elle travaille là, et qu’ici bosser dans un hôtel ou un casino est bien souvent le seul et unique débouché des jeunes s’ils veulent rester ici…
La route de Las Vegas à Saint George est magnifique. Le bus passe entre les roches abruptes,
s’enfonce dans les steppes et contourne rochers ou rivières.. .
C’est déjà pas mal pour une vue de bus, nan ? Je suis la seule touriste, et donc la seule
qui ne dort pas et qui prend un max de photos… lol
A l’arrivée du bus, je me renseigne sur les moyens de transports pour rejoindre l’aéroport (mon vol est dans 6h, mais autant prévoir maintenant pour vagabonder ensuite). Evidement, on me regarde
comme une demeurée et j’ai droit à cette éternelle réponse : « you don’t have a car ? well, take a cab… ». Que je les hais. Va, j’irai à pied : par où svp ? Là, la
tête de la petite vielle me sidère : « you wanna… walk ?!? » mdr c’est fou comme on se fait mutuellement halluciner. Ben oui, l’aéroport je le vois d’où je suis, il est en
haut du plateau, à quelques km à peine…C’est une longue trotte avec ma valise, vu le soleil, mais j’ai largement le temps, et après tout ça me permettra de visiter la ville en même temps… Je
laisse donc là ma petite vielle qui me regarde partir stupéfiée, et je prends vaillamment le chemin de l’aéroport. Il fait vraiment un temps
magnifique, bon sang comment ai-je pu survivre des mois sans cette sensation de chaleur et cette lumière merveilleuse qui vous réchauffe le cœur et fait étinceler le paysage…
Saint George s’avère une petite ville pleine de charme (rarissime pour une ville américaine !!! du jamais vu !) aux jardins fleuris et aux routes bordées de palmiers. Petites maisons à
l’américaines, où chacun s’active dans les pelouses à tondre, tailler, arroser… On ne se croirait pas un Lundi…^^ Il faut dire que la moyenne d’âge approche les 70-80ans, et c’est d’autant plus
impressionnant de voir tous ces petits retraités manier vaillamment divers engins de jardin avec une énergie que n’aurait pas la plupart des jeunes français. Passons. A chaque jardinet j’ai droit
à un sourire et une variante de « have a nice day », les fleurs embaument, je sue sang et eaux avec mes bottes UGG aux pieds et tout mon barda à la main, la vie est
belle. J
Que vois-je au loin ? Une sorte de grande église blanche qui se détache du paysage sur le rouge de la roche et le bleu du ciel. Qu’est-ce dont là ? J’en aurai le cœur net :
changement de cap. Quelques petites rues plus loin me voilà devant le plus ancien et un des plus importants temples mormons du pays, même si je l’ignore encore.
Une petite retraités se fait une joie de me renseigner et m’indique le visitor center. Même pas peur, me voilà chez les mormons, pressée de me faire endoctriner. Evidement on me dégotte très vite
une québécoise et une française en « mission » (vous savez, ces 18mois à l’étranger qu’ils font quand ils sont jeunes) qui me font faire le tour de leur exposition et m’explique la
religion mormon en long en large et en travers. Je dois dire qu’elles se débrouillent très bien, ces gens là sont de toutes évidences aussi convaincants que convaincus ! Bon, le coup de la
résurrection des corps, des prophètes modernes et des 3 royaumes, bof, à revoir. Le reste se tient bien, avec un maximum de tolérance pour les autres religions et évidement des principes
fondamentaux sur lesquels tout le monde s’accorde. Une joyeuse petite communauté qui se balade au soleil dans le parc du temple. Je reste donc plusieurs heures à les écouter, après tout c’est
l’occasion d’en apprendre plus sur cette religion si répandue aux US et dont je ne sais pas grand-chose. Et puis des grands yeux bleus quasi illuminés qui vous disent le plus naturellement du
monde « ça frait pas dsens si tsais lpère spirituel y tdisè ah ben tôa tè chinois ctoo bad faudra revnir hein stu connè pas lchrist hein…ça frait pas
dsens hein… » avec un accent québécois du tonnerre, c’est fascinant. J Enfin je me retrouve avec un livre des mormons dans les mains, et me voilà sur mon
way back. C’est que j’ai un avion à prendre moi dans cette histoire. D’autant que j’ai perdu une heure de décalage horaire par rapport à l’Arizona
(je suis maintenant dans l’Etat de l’Utah)… Pas de panique je la regagnerai ce soir à LA pour en reperdre 3 sur le chemin de Boston… J’ai renoncé à changer ma montre, je me réfère aux horloges
locales, plus sûres.
C’est donc reparti pour un tour, et je traverse un petit square bien sympa où les enfants jouent dans l’eau des fontaines et où des jeunes
jouent de la guitare, assis dans l’herbe… Ah ben il n’y a pas que des retraités finalement ! Je dois leur paraître loufoque, rouge écarlate, chargée comme un mulet, brillante de crème
solaire et de sueur, lunette et casquette sur la tête… Qu’à cela ne tienne ! J’engage la conversation. Sont tous extras, et je resterai bien là à bavasser avec tout le monde, les pieds dans
l’eau…
Je m’arrête devant un petit jardin plus beau encore que les autres : les iris et les cactus en fleurs se mêlent à d’étranges végétaux dont je ne connais ni le nom français ni anglais… Le
propriétaire, de 80 ans bien tassés, s’amuse de mon émerveillement. Quand il apprend que je vais à l’aéroport, il propose de m’y emmener : ce n’est plus très loin, mais si ça peut m’éviter
la montée sur la route goudronnée au soleil, ma foi pourquoi pas... J J’ai d’abord droit à un jus d’orange frais sur la Terrace, où je rencontre les
enfants et la femme de ce bienveillant vieillard. Puis me voilà dans une BMW qui ferait mourir papa d’un arrêt cardiaque : détritus et peaux de banane par terre et partout, crasse et taches
divers et variées sur les sièges en cuir… Je suis censée m’asseoir où ? « make yourself a space » qu’il me dit… énorme… zauriez pas une pelle que je me creuse un trou là
dedans ? hihi je ne vais quand même pas me plaindre d’un taxi gratuit et aussi sympathique. Je me fais donc une petite place au milieu de cette déchèterie, et c’est parti. Il n’y a que
quelques minutes de route mais ça monte dru, et je ne regrette pas d’avoir accepté une si gentille proposition. En chemin j’apprends que mon petit grand-père est un ancien grand voyageur
(j’aurais pu le deviner, avec une hospitalité comme ça et un sourire de bienheureux) qui parle, ou du moins parlait, 6 langues. Nous voilà à échanger quelques mots en allemand, russe, anglais,
espagnole et français… Je ne parle malheureusement pas le hongrois : je me couche. Excellent. Ses deux gamins sont venus avec nous : il m’explique qu’il s’est remarié, ce qui explique
qu’il soit si vieux avec des enfants si jeunes… Ci-dessous lui et sa fille, devant l’aéroport.
J’ai encore quelques heures avant le décollage et l’aéroport est si petit que j’en ai vite fait le tour… Sa position en hauteur me permet d’admirer la ville d’en haut… Quelques cartes postales
plus tard (24 au total, je vous aime hein c’est pas la question mais c’est long…^^), me revoilà dans l’avion. Los Angeles again. Le petit coucou qui m’emmène en ferait rigoler plus d’un : 20
passagers, deux rangés de un… c’est cool, on a tous le hublot !hihi C’est vraiment super les petits engins comme ça, on se sent vraiment « voler »… C’est sûr c’est un peu moins
confortable, mais tellement plus rigolo !! Comme il ne monte pas au dessus des nuages, j’ai droit à la vue sur les reliefs de l’Utah et de l’Arizona, magnifique… Je me prends de passion pour
la géologie... A la région des canyons succède le Lake Powell et le désert, parsemé de petits buissons secs et traversé par ces étranges traits fin tracés à la règle…Des routes. La légende est
donc vraie, et ces incroyables routes droites sans fin traversant les « grands espaces » de l’ouest américains existent réellement. Ça doit vraiment être mortel, j’espère qu’on y capte
la radio au moins !…^^
LA me fait toujours autant halluciner : on a beau la survoler encore et encore, passer des centaines de quartiers résidentiels et des milliers de petits pavillons, il y en a encore et encore
à l’horizon… Si une ville normale est une noix de beurre, LA est tartiné très fin sur une grande tranche de pain. C’est la ville sans fin…
Problème : l’avion au décollage de Saint George avait déjà une bonne heure de retard, qui s’est aggravé en 2h30 au cours du vol, sans que je ne m’inquiète outre mesure : mon vol ne
décolle que dans 20 minutes, et ils m’attendront bien… Dans les films ils appellent toujours le héros pendant des heures pendant qu’il ne se décide pas à dire au revoir à sa fiancé. Oui, mais
nan : l’avion décolle à 11h, et le temps de trouver la porte d’embarquement et de s’y rendre, il est -10. Je pensais pouvoir encore le faire, mais pour ce film les producteurs ont décidé de
varier un peu le plaisir. « we’re sorry, th e plane is gone. It’s closed at ten to eleven.” Cool. Bon, rien ne sert de paniquer,
je n’ai que 4 practicumps à faire demain après tout. C’est l’après midi, je trouverai bien un moyen d’être à Boston dans la matinée au lieu de 7h comme initialement prévu.
Mais voilà que les producteurs s’amusent encore un peu : pas de vol avant le lendemain matin, arrivée dans l’après midi. La bonne blague. Bon, ben qu’à cela ne tienne… Je ne suis pas
si pressée de rentrer après tout, et si je peu prendre un jour de congé… Après tout, ce n’est vraiment pas ma faute, et je ne peux rien à la situation… « that’s too bad », comme ils
diraient… J Passée la première panique, je change mon billet, ma réservation de Limo pour
Boston-Worcester, je m’achète Internet (ben oui, ici tout se paie) et je m’installe dans un coin. Etrangement, l’aéroport se vide complètement et je me retrouve seule de minuit à 6h du matin. Là,
sans prévenir, la foule revient, ainsi que le jour. Le temps a passé très vite, entre MSN (il fait jour en France ! excellent…) et cet article qui n’en finit pas…
Ceux qui sont arrivés jusque là méritent la médaille du lecteur assidu. Je ne sais pas si je l’aurais fait moi-même…lol J’espère que vous ne vous êtes pas ennuyé, perso j’aime bien raconter tout
ça, c’est quand même tellement plus intéressant que ma vie à Holy Cross ! Bref, je m’arrête là. Mon avion décolle dans 1h et je m’en vais faire la queue à l’enregistrement, pas moyen de le
rater de nouveau. (je dois dire que quand le gars m’a dit « not befor tomorrow », je me suis dit une seconde : ben profite en, passe la journée à LA et rentre carrément que demain
soir…lol Je suis incorrigible. Vous inquiétez pas, je me suis mise 2 claques et je suis restée à l’aéroport, faudrait pas abuser non plus…).
Voili voilà, c’étaient mes aventures au pays des Cow-boys. Je dois dire que tous mes voyages ici ont eu quelque chose de magique, mais que cela plus que les autres me restera comme un passage
particulièrement hors du monde et du temps… Ces quelques jours ont tous été tellement différents les uns des autres et pourtant tous si extraordinaires !! Vive l’Arizona, l’Utah, la Californie… La côte Ouest quoi. Et j’en ai vu assez pour me donner l’envie de revenir un jour… J